Les Infirmiers en Pratique Avancée (IPA) : un nouveau maillon de la coordination des soins

Créée en 2018, la fonction d’Infirmier en Pratique Avancée (IPA) s’inscrit dans la transformation du système de santé. Encore récente et parfois méconnue, notamment en officine, cette profession joue un rôle essentiel dans la prise en charge des pathologies chroniques et la coordination interprofessionnelle entre la ville et l’hôpital.

Un métier à la croisée des compétences

Les IPA sont des infirmiers titulaires d’un diplôme universitaire spécifique qui leur confère un niveau d’expertise clinique avancé. Ils exercent en collaboration avec un médecin, dans un cadre réglementé, afin de suivre, adapter et renouveler les traitements des patients. Chaque IPA exerce dans un champ défini appelé mention, qui détermine ses compétences et son périmètre d’action :

– Pathologies chroniques stabilisées

– Psychiatrie / Santé mentale

– Néphrologie

– Urgence / Réanimation / Anesthésie

– Oncologie – Hématologie

Selon sa spécialité, l’IPA peut adapter la posologie d’un traitement (dans le cadre de son périmètre d’action), surveiller les effets secondaires ou encore réaliser des bilans de médication. En onco-hématologie, par exemple, l’IPA peut ajuster la dose d’une chimiothérapie orale en cas de toxicité, toujours avec l’accord du médecin référent.

Une évolution réglementaire majeure : la primo-prescription

Depuis 2024, un décret élargit leurs compétences, introduisant la possibilité de primo-prescrire certains médicaments. La liste est fixée par arrêté ministériel et l’IPA peut être soumis à certaines conditions. Cette évolution renforce le rôle de l’IPA dans la prise en charge des patients chroniques.

Ce droit s’applique :

  • à un tronc commun de traitements accessibles à toutes les IPA (ex. antalgiques simples, paracétamol),
  • et à des listes spécifiques par spécialité, progressivement définies par arrêté.

Un impact direct pour les pharmaciens d’officine

Ces évolutions concernent directement les pharmaciens, premiers relais de la dispensation. Une ordonnance émise par une IPA est parfaitement valide, à condition qu’elle comporte :

  • un numéro RPPS,
  • une date et une signature,
  • et soit conforme aux bonnes pratiques de prescription.

Certaines situations de refus de délivrance ont été constatées, souvent liées à une méconnaissance du statut des IPA. Pourtant, le Code de la santé publique reconnaît pleinement leurs prescriptions dans leur champ de compétence. Les refus observés proviennent souvent d’un manque d’information ou d’une crainte de se tromper.

Une collaboration à renforcer

Les IPA soulignent l’importance du lien avec les pharmaciens d’officine, notamment pour prévenir les interactions médicamenteuses, optimiser les bilans de médication et assurer une double vigilance dans le suivi des patients. Les échanges se font le plus souvent par téléphone ou via messagerie sécurisée, et permettent de garantir une prise en charge cohérente et sécurisée.

Au-delà du médical, la pratique avancée repose sur la coopération interprofessionnelle. Cette approche transversale fait de l’IPA un pivot du parcours de soins, garantissant la cohérence, la continuité et la sécurité des prises en charge.

En conclusion

Les Infirmiers en Pratique Avancée représentent une évolution majeure du système de santé. Pour les pharmaciens d’officine, mieux connaître leurs missions et leur cadre d’intervention, c’est faciliter la coopération, renforcer la confiance et fluidifier le parcours des patients chroniques. L’URPS Pharmaciens Centre-Val de Loire reste engagée dans la promotion de ces nouvelles formes de collaboration interprofessionnelle, au service d’une prise en charge coordonnée et efficace.

Merci à Severine Lalande, Chloé Riverais et Audrey Tual du CH de Blois pour les échanges constructifs !

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